Le récit chinois des origines ne s’arrête pas à la séparation du Ciel et de la Terre. Après Pangu, apparaît Nüwa 女娲, divinité majeure associée à l’humanité et à la restauration de l’ordre cosmique. Les traditions anciennes lui attribuent deux actions fondamentales : la création des êtres humains et la réparation du ciel après une catastrophe.
La création des humains
Après la formation du monde, la terre est décrite comme vide d’êtres humains. Le Fengsu Tongyi 风俗通义, compilé par Ying Shao 应劭 à la fin des Han (IIe siècle ap. J.-C.), rapporte une tradition selon laquelle Nüwa décida de créer l’humanité.
Elle modela des figures à partir d’argile jaune, leur donnant forme une à une. Mais la tâche étant longue et éprouvante, elle adopta une méthode plus rapide : elle trempa une corde dans la boue et la fit tournoyer, créant ainsi de multiples êtres humains à partir des gouttelettes projetées.
Le texte ajoute une interprétation sociale :
« 女娲抟黄土作人…… 引绳絙泥中,举以为人 »
Nüwa modela des hommes avec de la terre jaune… puis elle passa une corde dans la boue et la souleva pour faire des hommes.
Certaines versions précisent que les humains façonnés à la main deviennent les nobles, tandis que ceux issus des éclaboussures deviennent le peuple.
La catastrophe cosmique
Un second ensemble de traditions, plus ancien, est conservé dans le Huainanzi 淮南子 (IIe siècle av. J.-C.). Il décrit un monde frappé par un désastre majeur :
« 昔者四极废,九州裂 »
Autrefois, les quatre piliers se brisèrent et les neuf provinces se fendirent.
Le ciel ne couvre plus correctement la terre, les incendies et les inondations se déchaînent, et les créatures dangereuses menacent les humains. Ce passage ne mentionne pas explicitement Gonggong, mais il est souvent rapproché, dans les traditions ultérieures, du mythe de la destruction du mont Buzhou.
La réparation du ciel
Face à ce chaos, Nüwa intervient pour restaurer l’ordre cosmique. le Huainanzi décrit ses actions :
« 炼五色石以补苍天 »
(« Elle fondit des pierres de cinq couleurs pour réparer le ciel. »)
Elle accomplit plusieurs actes complémentaires :
Elle colmata la voûte céleste avec des pierres de cinq couleurs
Elle coupa les pattes d’une grande tortue pour rétablir les piliers du monde
Elle tua un dragon noir pour protéger certaines régions
Elle utilisa des cendres pour contenir les eaux
Grâce à ces actions, le monde redevient habitable, même si l’équilibre initial n’est pas parfaitement restauré.
le Liezi 列子, dont la rédaction est plus tardive (probablement entre le IIIe et le IVe siècle ap. J.-C.), reprend ces motifs.
Le saviez-vous ?
Nüwa est le plus souvent représentée comme une divinité à corps de serpent et à buste humain. Cette iconographie apparaît clairement dans l’art funéraire de la dynastie Han, où elle est fréquemment associée à Fuxi. Leurs corps entrelacés symbolisent l’harmonie cosmique et l’union des principes fondamentaux. Nüwa tient généralement un compas, tandis que Fuxi tient une équerre, images tardives liées à une lecture cosmologique du monde.
Des représentations célèbres ont été retrouvées dans les tombes d’Astana, près de Turpan (Xinjiang), datant de la dynastie Tang. Elles montrent Nüwa et Fuxi entourés d’astres, signe de leur intégration dans une vision structurée de l’univers.
Aujourd’hui encore, Nüwa fait l’objet de pratiques cultuelles locales. Des sanctuaires lui sont dédiés, notamment dans le Hebei (à Handan) ou dans d’autres régions du nord de la Chine. Des cérémonies et festivals y sont organisés, en particulier au printemps, témoignant de la persistance de son rôle de déesse créatrice et protectrice de l’humanité.
Dans la littérature ancienne, Nüwa est évoquée de manière fragmentaire, notamment dans le Chu Ci 楚辞, sans que son mythe soit encore pleinement structuré. Ce n’est qu’avec les compilations des Han que ses récits prennent une forme plus cohérente.
Enfin, Nüwa reste très présente dans la culture contemporaine. Elle apparaît dans les œuvres de fiction, les jeux vidéo, les films d’animation et les spectacles, souvent sous la forme d’une déesse créatrice réparant le monde.
