Après Pangu qui sépara le Ciel et la Terre, et Nüwa qui façonna les humains puis répara une première fois la voûte céleste, l’ordre du monde semblait établi. Pourtant, un conflit entre grandes puissances divines provoqua un nouveau cataclysme cosmique.
Zhu Rong et Gonggong, figures majeures des mythes anciens, s’affrontèrent. Leur lutte entraîna l’un des déséquilibres fondamentaux de l’univers dans la pensée chinoise ancienne.
Zhu Rong, divinité du feu
Zhu Rong (祝融) est une ancienne divinité associée au feu, à la chaleur et à la régulation cosmique. Dans plusieurs traditions, il est aussi lié à l’ordre et à l’autorité rituelle.
Dans le Shanhaijing (山海经), il est décrit comme une créature hybride :
« 祝融,兽身人面,乘两龙 »
Zhu Rong a un corps de bête, un visage humain, et chevauche deux dragons.
Il est également intégré à des généalogies mytho-historiques : certaines traditions en font un descendant de l’Empereur Jaune (Huangdi) ou un ancêtre de lignées aristocratiques anciennes. Il est associé au sud et à l’été dans les systèmes cosmologiques ultérieurs fondés sur les Cinq Agents (五行), mais cette correspondance est une reconstruction plus tardive.
Gonggong, puissance des eaux
Gonggong (共工) est une divinité des eaux violentes, liée aux inondations et au désordre hydraulique.
le Shanhaijing le décrit ainsi :
« 共工,人面蛇身,赤发 »
Gonggong a un visage humain, un corps de serpent et des cheveux rouges.
Il incarne une force chaotique et rebelle. Son rôle dépasse celui d’un simple dieu des eaux et il est souvent présenté comme un perturbateur de l’ordre cosmique.
L’affrontement entre les deux divinités
La rivalité entre Gonggong et une figure de pouvoir céleste apparaît dans plusieurs textes anciens, notamment le Huainanzi (淮南子) et les commentaires du Chu Ci.
Cependant, les versions divergent :
Dans certaines, Gonggong s’oppose à Zhu Rong
Dans d’autres, il affronte l’empereur mythique Zhuanxu (颛顼)
le Huainanzi reste sobre sur le combat lui-même, mais mentionne clairement ses conséquences :
« 共工与颛顼争为帝 »
Gonggong disputa la souveraineté à Zhuanxu.
La victoire de Zhu Rong n’est pas toujours explicitement décrite dans les sources les plus anciennes ; elle apparaît surtout dans des traditions interprétatives ultérieures.
Le cataclysme du mont Buzhou
Après sa défaite, Gonggong, pris de fureur, se jette contre le mont Buzhou (不周山), une montagne mythique considérée comme un pilier du ciel.
le Huainanzi rapporte :
« 共工怒而触不周之山 »
Gonggong, dans sa colère, heurta le mont Buzhou.
Ce geste provoque un désastre cosmique :
Le ciel se brise et s’incline
La terre se déforme
L’équilibre entre les éléments est rompu
Le même texte explique :
« 天倾西北,地不满东南 »
Le ciel pencha vers le nord-ouest, la terre devint incomplète au sud-est.
Cette idée sert à expliquer le mouvement apparent des astres vers l’oues ainsi que l’écoulement des fleuves vers le sud-est en Chine
La réparation par Nüwa
Face au chaos, Nüwa intervient pour restaurer l’ordre.
le Huainanzi (chapitre « Lanming xun ») décrit ses actions :
« 炼五色石以补苍天 »
Elle fondit des pierres de cinq couleurs pour réparer le ciel.
Elle colmata le ciel avec des pierres de cinq couleurs, coupa les pattes d’une grande tortue pour en faire des piliers, maîtrisa les inondations par des moyens décrits différemment selon les versions et rétablit un ordre vivable pour les humains
Cependant, la réparation n’est pas parfaite : l’inclinaison du monde demeure, ce qui explique les déséquilibres naturels.
Le saviez-vous ?
Les mythes de Gonggong et de Zhu Rong n’appartiennent pas uniquement au passé. Ils continuent d’exister dans la culture chinoise contemporaine, sous des formes à la fois symboliques, religieuses et populaires.
Zhu Rong est encore associé à des traditions cultuelles locales. Dans certaines régions du sud de la Chine, il est vénéré comme une divinité du feu et parfois comme ancêtre mythique. Son nom a également été donné en 2021 au rover martien chinois Zhurong, preuve de la réactivation moderne des figures mythologiques dans un contexte scientifique et national.
Gonggong, de son côté, est devenu une figure symbolique du chaos naturel. Dans la culture chinoise, son geste consistant à frapper le mont Buzhou est souvent interprété comme une explication mythique des catastrophes naturelles, notamment les grandes inondations. Son nom est aussi utilisé en astronomie : Gonggong désigne une planète naine du système solaire externe.
Les deux divinités apparaissent régulièrement dans la culture populaire contemporaine, notamment dans les jeux vidéo, les romans de fantasy ou les œuvres d’animation. Leur opposition est souvent simplifiée en une lutte entre eau et feu, une lecture moderne influencée par la théorie des Cinq Agents plutôt que directement issue des textes anciens.
Par ailleurs, ces mythes restent étudiés en Chine comme des éléments importants de la pensée cosmologique. L’idée d’un monde déséquilibré, avec un ciel incliné et une terre incomplète, est parfois interprétée aujourd’hui comme une manière ancienne d’expliquer des phénomènes naturels tels que l’écoulement des fleuves ou le mouvement apparent des astres.
Enfin, dans une perspective comparatiste, Gonggong est parfois rapproché d’autres divinités liées aux eaux destructrices dans différentes mythologies.
E.P
