Aujourd’hui, nous abordons le cas du Bai Ze 白泽. Il n’est ni un animal vertueux ni un oiseau sacré comme ceux dont nous vous avons parlé précédemment. C’est un monstre savant. Il connaît les noms et les faiblesses de toutes les créatures du monde. Un jour, il aurait révélé à l’Empereur Jaune un bestiaire complet des êtres surnaturels, permettant ainsi aux humains de se protéger des démons.

L’apparence du Bai Ze

Le Bai Ze n’est pas décrit de manière unique dans les sources. Son image varie selon les textes et les compilations ultérieures. Les traditions le présentent souvent comme une créature hybride, parfois proche d’un lion, parfois d’un loup, avec une ou deux cornes et un pelage clair.

Les recueils postérieurs, notamment les encyclopédies des Tang et des Song, lui attribuent aussi une capacité unique : il parle la langue des hommes et comprend tous les êtres surnaturels. Il n’est pas particulièrement dangereux.

« 白泽,状如狮子,知天下鬼神之事。»
Le Bai Ze ressemble à un lion. Il connaît toutes les affaires des démons et des esprits du monde.

Tradition citée dans les encyclopédies postérieures

L’Empereur Jaune et la rencontre

Le récit le plus célèbre le met en scène avec l’Empereur Jaune 黄帝. Selon la tradition rapportée dans des compilations plus tardives, l’Empereur Jaune voyageait vers l’est lorsqu’il rencontra le Bai Ze au bord de la mer. La créature lui parla alors de tous les démons du monde et lui expliqua comment les reconnaître, les éviter ou les repousser.

L’Empereur Jaune fit alors consigner ce savoir. La légende dit qu’il ordonna aussi d’illustrer ces créatures pour que les humains puissent les identifier.

« 黄帝东巡,遇白泽于海滨。 白泽言天下鬼神之事。»
L’Empereur Jaune voyageait vers l’est. Il rencontra le Bai Ze au bord de la mer. Le Bai Ze lui parla de toutes les affaires des démons et des esprits du monde.

tradition rapportée dans le Baize Tu cité par les encyclopédies anciennes

Le bestiaire des démons

le Baize Tu 白泽图 est aujourd’hui perdu, mais il est cité dans des ouvrages ultérieurs. La tradition lui attribue un inventaire très vaste des êtres surnaturels, parfois donné comme 11 520 créatures.

Le but du recueil n’était pas seulement descriptif. Il servait à nommer les esprits, à les classer et à indiquer les moyens de s’en protéger. Dans la pensée traditionnelle, connaître le nom d’une entité revenait souvent à réduire son pouvoir.

Une fonction protectrice

Le Bai Ze n’est donc pas seulement un savant. Il est aussi un protecteur. Son image sert à éloigner les mauvais esprits, surtout dans les pratiques populaires et talismaniques.

Sous les Tang et les Song, des amulettes portant son image circulaient. Elles étaient placées sur les portes, les vêtements des enfants ou dans les tombes pour protéger les vivants et les morts. Le Bai Ze devient alors une figure apotropaïque : il rend les démons inefficaces par le savoir.

Le saviez-vous ?

Le nom Bai Ze signifie littéralement « marais blanc ». Cela a conduit certains chercheurs à y voir à l’origine une créature liée aux zones humides, avant qu’elle ne devienne un animal savant et protecteur.

Au Japon, le Bai Ze est connu sous le nom de Hakutaku. Il y joue un rôle proche : celui d’un monstre érudit qui connaît tous les démons. Cette tradition japonaise a contribué à fixer son image moderne.

Le nombre 11 520 est souvent associé à son bestiaire, mais il faut le considérer comme une donnée issue de la tradition textuelle, ce chiffre varie et n’est pas « historique ».

Le Bai Ze est moins célèbre que le dragon ou le phénix, mais il occupe une place importante dans les croyances populaires. Il apparaît sur des talismans, des estampes et des objets de protection.

Dans la culture contemporaine, il est réinterprété comme un monstre sage, parfois inquiétant, souvent associé au savoir occulte. On le retrouve dans les jeux vidéo, les mangas et les romans de fantasy.

Aujourd’hui encore, le Bai Ze reste une figure singulière de la mythologie chinoise : un monstre qui ne détruit pas, mais qui connaît le monde assez bien pour en déjouer les dangers.

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