Aujourd’hui, nous nous attaquons à la créature mythique la plus célèbre de Chine : le dragon. Mais ce dragon-là n’est pas seul. Il a une descendance nombreuse et diverse. Selon une tradition qui s’est fixée sous les dynasties Ming et qui a été popularisée par les textes encyclopédiques, le dragon aurait engendré neuf fils, aucun ne ressemblant à son père. Chacun reçoit une apparence et des talents particuliers. Chacun est associé à un élément précis de l’architecture, des objets ou des rituels chinois.

L’origine des Neuf Fils

La liste la plus connue des neuf fils du dragon est celle de Li Dongyang (李东阳, 1447–1516), grand lettré et haut fonctionnaire de la cour Ming. L’expression « le dragon a neuf fils » existait déjà sous la dynastie Ming, quand l’empereur Ming Xiaozong demanda à Li Dongyang, lettré employé au palais, quels étaient leurs noms.

Li Dongyang n’en savait rien, mais pour satisfaire l’empereur il proposa une liste de créatures fantastiques et auspicieuses présentes dans les textes antiques et les arts décoratifs. Comme l’introduction de cette liste dans le recueil Huáilùtáng jí (怀麓堂集) le précise :

« 龙生九子,各有所能。»
Le dragon a neuf fils. Chacun a son talent.

D’autres listes existent, avec des variantes. Yang Shen (杨慎) donne une liste un peu différente dans le Sheng’an Waiji (升庵外集). Mais la version de Li Dongyang domine encore aujourd’hui.

Le premier fils : Qiúniú > la musique

Qiúniú (囚牛) est l’aîné. Il aime la musique. On le retrouve sur de nombreux instruments à cordes.

« 囚牛好音,形于琴首。»
Qiúniú aime la musique. On le place sur les têtes de cithare.

Le deuxième fils : Yázì > la vengeance

Yázì (睚眦) a mauvais caractère. On le retrouve sur les armes antiques.

« 睚眦好杀,形于刀环。»
Yázì aime se battre. On le place sur les gardes d’épée.

Le troisième fils : Cháofēng > l’avertissement

Cháofēng (嘲风) ne craint rien, il aime prendre des risques. On le retrouve à l’angle des toits de nombreux bâtiments impériaux.

« 嘲风好视,形于屋角。»
Cháofēng aime regarder au loin. On le place sur les avant-toits.

Le quatrième fils : Púláo > la cloche

Púláo (蒲牢) adore rugir. Lorsqu’il rencontre la grande baleine, il rugit de peur. On le retrouve notamment sur les cloches.

« 蒲牢畏鲸,形于钟上。»
Púláo craint la baleine. On le place sur les cloches. La baleine frappe. Pulao hurle.

Le cinquième fils : Suān’ní > l’encens

Suān’ní (狻猊) ressemble à un lion. On le retrouve sur les pieds des encensoirs ou en protecteur devant les portes.

« 狻猊好烟,形于香炉。»
Suān’ní aime la fumée. On le place sur les brûle-encens.

Le sixième fils : Bìxì > la stabilité

Bìxì (贔屭 / 赑屃) ressemble à une tortue. Il a une grande force et peut porter de très lourdes charges. On le retrouve souvent portant de hautes stèles comportant des textes.

« 贔屭好负重,形于碑下。»
Bìxì aime porter des poids. On le place sous les stèles.

Le septième fils : Bì’àn > la justice

Bì’àn (狴犴) ressemble à un tigre. Il est sage et peut déterminer qui est bon et qui est méchant. Il apparaît dans les prisons et les tribunaux.

« 狴犴好讼,形于狱门。»
Bì’àn aime la justice. On le place sur les portes des prisons.

Le huitième fils : Fùxì > la littérature

Fùxì (负屭 / 负屃) aime la littérature. Il est représenté sur des tablettes comportant de longs textes et parfois sur des sceaux.

« 负屭好文,形于碑上。»
Fùxì aime la littérature. On le place sur le dessus des stèles.

Le neuvième fils : Chīwěn > l’eau

Chīwěn (螭吻) ou Chīwěi (鸱尾) possède un corps de carpe et une tête de dragon. On le retrouve à l’angle des toits, il protège des incendies.

« 螭吻好水,形于屋脊。»
Chīwěn aime l’eau. On le place sur les faîtières des toits.

Le saviez-vous ?

Le chiffre neuf est symbolique en Chine. Il est le plus grand chiffre à un chiffre, associé à l’empereur, au ciel et à la perfection. Le dragon, créature impériale, ne pouvait avoir qu’un nombre impair de fils. Neuf est le nombre juste.

La liste des neuf fils n’est pas rigoureusement fixe. Sous les Qing, une variante remplaça certains noms. Mais la version de Li Dongyang domine encore aujourd’hui.

Chacun des neuf fils est représenté dans l’architecture chinoise traditionnelle. On peut les observer sur les toits de la Cité interdite à Pékin, sur les stèles du temple de Confucius à Qufu, sur les cloches du temple du Ciel.

Les neuf fils du dragon sont présents dans toute la culture chinoise. Leurs noms servent de métaphores dans la littérature. Leurs images ornent les objets quotidiens. On les trouve sur des monnaies, des sceaux, des encensoirs, des miroirs, des armes, des instruments de musique.

Dans la culture populaire contemporaine, les neuf fils apparaissent dans des jeux vidéo, des romans de fantasy et des films d’animation. Ils sont également un thème récurrent dans les tatouages chinois.

Le mythe est ainsi entré dans l’ère numérique : des applications permettent d’identifier les créatures sur les toits des bâtiments historiques. Les neuf fils du dragon restent une figure centrale de l’imaginaire chinois.

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