Liang Shanbo 梁山伯 et Zhu Yingtai 祝英台 forment potentiellement le couple le plus tragique du folklore chinois. Lui est pauvre et studieux. Elle est riche, intelligente et déguisée en homme pour étudier. Ils deviennent « frères jurés », s’aiment en secret, puis meurent d’un amour contrarié. Leurs tombes s’ouvrent, ils se transforment en papillons, et s’envolent ensemble pour l’éternité.

Zhu Yingtai, la jeune fille déguisée

L’histoire se déroule pendant la dynastie des Jin de l’Est, une époque de troubles politiques mais de grande effervescence culturelle. Zhu Yingtai 祝英台 est la fille cadette d’une riche famille de Shangyu 上虞, dans l’actuel Zhejiang. Intelligente et curieuse, elle supplie son père de la laisser étudier, ce qui est interdit aux femmes.

Son père finit par céder, à condition qu’elle se déguise en homme. Zhu Yingtai coupe ses cheveux, prend l’apparence d’un lettré et part suivre les cours d’un maître à Hangzhou. En route, elle rencontre un jeune homme pauvre mais appliqué : Liang Shanbo 梁山伯. Orphelin de père, il a économisé pendant des années pour étudier. Il est sérieux, sincère et un peu naïf.

Les deux jeunes gens sympathisent immédiatement. Ils parlent de poésie, de philosophie et des classiques confucéens. Zhu Yingtai, sous son déguisement, se sent attirée par Liang Shanbo. Mais elle ne peut pas se révéler. Ils se lient alors par le serment de fraternité, un pacte sacré dans la Chine ancienne.

« 梁山伯与祝英台,相遇于草桥亭,遂结为兄弟。»
Liang Shanbo et Zhu Yingtai se rencontrèrent au pavillon Caotian et firent serment d’être frères.

Liang Shanbo yu Zhu Yingtai Zhuan 梁山伯与祝英台传, version Ming

Trois ans d’études

Pendant trois ans, Liang Shanbo et Zhu Yingtai partagent la même chambre, les mêmes livres et les mêmes maîtres. Zhu Yingtai veille à ce que son secret ne soit pas découvert. Elle invente des prétextes pour éviter toute proximité trop grande, tout en laissant peu à peu transparaître ses sentiments.

Liang Shanbo, lui, ne se doute de rien. Il aime son frère juré d’une affection sincère, mais sans comprendre la véritable nature de ce lien. Zhu Yingtai tombe de plus en plus amoureuse. Elle admire sa bonté, sa persévérance et sa simplicité. Plus le temps passe, plus son secret devient lourd à porter.

Un jour, sa famille lui envoie un message l’obligeant à rentrer. Avant de partir, elle laisse à Liang Shanbo une invitation voilée. Elle lui fait comprendre, à demi-mot, qu’elle est en réalité une femme et qu’il devrait venir demander sa main. Mais Liang Shanbo ne saisit pas l’allusion.

La révélation tardive

Après le départ de Zhu Yingtai, Liang Shanbo apprend enfin la vérité. Un camarade ou une servante lui révèle que le lettré nommé Zhu Ying était en réalité une femme. Il est bouleversé. Il comprend alors que les sentiments qu’il avait refoulés étaient ceux d’un homme amoureux.

Il se précipite chez les Zhu pour demander la main de Zhu Yingtai. Mais il arrive trop tard. Son père, inquiet du scandale, a déjà promis sa fille à Ma Wencai 马文才, le fils d’une famille puissante.

Liang Shanbo supplie. Il proteste. Rien n’y fait. Le père refuse d’unir sa fille à un jeune homme sans fortune. Liang Shanbo repart, le cœur brisé. Il tombe malade et se laisse mourir.

« 山伯既知真相,求婚已晚,郁郁而终。»
Quand Liang Shanbo apprit la vérité, il demanda trop tard la main de Zhu Yingtai et mourut de chagrin.

Liang Shanbo yu Zhu Yingtai Zhuan 梁山伯与祝英台传

La tombe qui s’ouvre

Le jour du mariage de Zhu Yingtai avec Ma Wencai arrive. Le cortège nuptial traverse la campagne. Zhu Yingtai, en larmes, demande à passer devant la tombe de Liang Shanbo. Son père accepte.

Devant la tombe, elle descend de sa litière. Elle retire ses habits de mariée, pleure, appelle Liang Shanbo. Soudain, la tombe s’ouvre. Zhu Yingtai, sans hésiter, s’y jette.

Le ciel se déchire. La terre se referme. Puis deux papillons s’élèvent de la tombe, l’un blanc, l’autre noir, et s’envolent ensemble dans le ciel.

« 墓开化蝶,双双飞去。»
La tombe s’ouvrit et ils se changèrent en papillons.

Liang Zhu Tongzhi 梁祝同志, fin traditionnelle

Le saviez-vous ?

Le mythe de Liang Shanbo et Zhu Yingtai est souvent appelé le « Roméo et Juliette chinois », mais la comparaison est imparfaite. Ici, la tragédie vient d’un ordre social qui refuse le désir féminin et le libre choix du mariage.

Le papillon occupe une place importante dans la culture chinoise. Il représente la transformation, la légèreté et l’âme. Deux papillons volant ensemble sont devenus l’emblème d’un amour qui survit à la mort.

Cette légende fait partie des quatre grands contes populaires de Chine, avec le Bouvier et la Tisserande, le Serpent Blanc et Meng Jiangnü. Ces récits sont enseignés à l’école, adaptés à l’opéra, au cinéma, à la télévision et à la bande dessinée.

La légende a inspiré le célèbre concerto pour violon Liang Zhu 梁祝小提琴协奏曲, composé en 1959. Cette œuvre est devenue l’une des plus connues de la musique chinoise moderne.

Liang Shanbo et Zhu Yingtai sont célébrés dans toute la Chine. Des temples, des stèles et des lieux commémoratifs leur sont consacrés. Plusieurs villes revendiquent d’ailleurs le lieu d’origine de la légende.

Dans l’art chinois, le couple papillon est devenu un motif classique. On le retrouve sur les vêtements de mariage, les décorations nuptiales, les peintures et les objets d’art.

L’opéra de Yue a particulièrement contribué à fixer l’image moderne de l’histoire. Le cinéma et la télévision l’ont ensuite reprise sous de nombreuses formes, du drame romantique à l’animation.

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